U bent hier

Cité Mommen I Redding I AleRTe
C'est en novembre 2003, sous l'impulsion de Virginie Schoëff, architecte urbaniste et Jean-Louis Struyf, artiste vidéaste, que le projet de sauvegarde de la cité d'artistes est lancé via la création de l'asbl "ateliers Mommen".

Face à la pression immobilière, l'association rassemble les artistes du lieu autour d'un but : "assurer la protection et le développement durable de l’ensemble des ateliers comme cité d’artistes et apporter aux artistes un espace de rencontre et de soutien à la création et à la recherche artistique".
Couvert par cette structure juridique, le projet de sauvegarde va prendre de l'ampleur, recevoir de l'aide (notamment celle des pouvoirs publics), et atteindre ses objectifs ! Et pour cette fois, les valeurs artistiques et sociales auront le dessus sur la spéculation immobilière.

Pourquoi une sauvegarde ?
Avec son nouveau statut de capitale européenne, Bruxelles subit ces dernières années une transformation urbaine et sociale brutale. La ville est en chantier, des bureaux jaillissent de tous les côtés pour accueillir des entreprises étrangères, le loyer des habitations, double, triple… C’est une pression immobilière généralisée, une augmentation radicale du standing social de la ville qui s’opère notamment par l’expropriation des couches de population les plus pauvres. Située dans une des zones d’extension du nouveau quartier européen, la cité d’artistes Mommen va être directement concernée par cette problématique urbaine.

1988-2003, L’histoire immobilière
En décembre 1988, se constitue la s.a. Centre Mommens, une entreprise de promotion immobilière, qui devient propriétaire d’un site sur lequel se trouvent une imprimerie désaffectée, 4 maisons et les ateliers Mommen. Constatant la vétusté de l’ensemble du site, cette entreprise propose de le repenser entièrement. Elle introduit une demande de bâtir pour son projet immobilier : "Projet Bureaux". Trois mois après la constitution de l’entreprise, le bourgmestre de St-Josse, soutenu par les artistes, demande le classement des ateliers Mommen. Grâce à cette demande, les bâtiments des ateliers Mommen échappent à la démolition.
Au sein du projet immobilier, il est dès lors question de la rénovation. Des négociations vont être entamées entre les promoteurs, les artistes et la Commune de Saint-Josse, lors de commissions de concertation pour l'obtention du permis d'urbanisme. Il est convenu ce qui suit : La commune accorde la construction de plus 5000 m2 (en lieu et place de l'usine et des maisons) sur un site qui ne le permet pas (PRAS - priorité logements) et en compensation la s.a. Centre Mommens s'engage à remettre en état les ateliers Mommen, extérieur et intérieur, avec le maintien des artistes et de l’identité artistique et sociale du lieu.
Selon la s.a. le projet bureaux est en effet « la seule solution financière pouvant garantir la rénovation des ateliers Mommen tout en conservant son identité ». Marché conclu !
En 1992, le bâtiment des ateliers Mommen est classé pour sa valeur historique et artistique. Quelques mois plus tard, la s.a. obtient son permis d'urbanisme. Celui-ci contient les charges d'urbanisme concernant le maintien des ateliers Mommen et des artistes.
De 1992- 2001 Le site est en chantier : démolition-reconstruction.
En 2001, les bureaux sont construits et vendus et la "sa Centre Mommens" entame la dernière phase de son projet immobilier : la rénovation des ateliers Mommen. Elle réalise la rénovation extérieure des bâtiments.
En 2002, Les premiers préavis aux artistes tombent ! Qu'en est-il des promesses des promoteurs de rénover et maintenir la cité d'artistes ? Leurs intentions deviennent claires : congédier tous les artistes pour permettre une rénovation radicale : transformer les ateliers-logements en appartements de haut standing. Des espaces qui ne sont plus destinés aux artistes.
Qu'en est il des charges d'urbanisme qui préservaient la cité ?
Qu'en est-il du classement du bâtiment ?

Les habitants apprennent que les charges ne sont pas valables juridiquement et que le classement protège l’architecture mais pas l'affectation du lieu comme cité d’artistes. Il n'y a donc aucune protection, et le projet des promoteurs signe la fin de la cité d'artistes. Avec la disparition de ce lieu, s’éteindrait alors définitivement un patrimoine vivant social unique, la dernière âme vivante du quartier du "petit Montmartre", et bien d'autres valeurs.
AleRTe !

2003-2006, L'asbl et le projet de sauvegarde.
C'est dans l’urgence d’intervenir face à cette pression immobilière et à cette gentrification que novembre 2003 la décision est prise de créer l'asbl ateliers Mommen et de lancé le projet de sauvegarde du lieu.
"Nous voulons que la Cité Mommen continue à vivre avec les artistes pour encore des siècles. Aujourd’hui, il est nécessaire qu’existe à Bruxelles des espaces d’habitation et de travail pour les artistes. Des espaces adaptés à l’esprit et à la réalité économique des artistes, des espaces où la présence artistique et la libre créativité contribuent à inventer et à enrichir l’âme de la ville..."
L'asbl propose un projet très concret pour la sauvegarde et l'existence durable de la Cité Mommen : Effectuer une vente et un rachat éthique de la cité Mommen (afin de préserver l'identité artistique et sociale, la spécificité, et la fonction de la cité). Garantir la protection de la cité d’artistes par les Pouvoirs Publics.
Et réaliser une rénovation minimale tenant compte des artistes-locataires et de l’identité du lieu.
Pour réaliser ses objectifs, l'asbl fait appel, dès le début et tout au long du projet, au soutien des médias (TV, radio, journaux). Afin de donner une visibilité permanente au projet de sauvegarde, l'asbl remet en activité l’espace d’exposition prévu à l’origine par Félix Mommen. De nombreux évènements artistiques de soutien y sont organisés. Des visites guidées de la cité d'artistes sont aussi régulièrement proposées. Une pétition est lancée en ligne et sur place.
Novembre 2003, l'asbl sollicite le bourgmestre de St-Josse. Comment la Commune pouvait elle faire respecter aujourd’hui, auprès des propriétaires, sa volonté de 1992 ? Elle sollicite le soutien et la participation de la Commune au projet de sauvegarde.
Mars 2004, une motion de soutien est votée à l’unanimité par la Commune de St-Josse.
Juin 2004, l'asbl participe au prix "Bruoscella" et reçoit la mention spéciale pour l’amélioration de l’environnement en Région de Bruxelles Capitale. Dès le début, l'asbl entre en négociation avec les promoteurs. Elle leur propose, pour permettre le respect des intentions premières du projet immobilier, de vendre la cité d'artistes. Une vente éthique qui préserve l’identité artistique et sociale des lieux. Les promoteurs acceptent de donner un an à l’asbl pour réaliser le projet. Ils acceptent de relouer les espaces vidés, de prolonger pour un an les baux des artistes arrivés à terme, de différer leurs travaux de rénovation des ateliers. L’asbl reçoit une option d’achat prioritaire sur les parts de leur entreprise dont l’actif est la cité d’artistes Mommen. Le prix demandé est de 3 millions d’euros, la date d’échéance : le 30 mai 2005. Si à cette date l'asbl ne propose aucun montage financier convainquant, ils reprennent leur projet immobilier. L'asbl s'engage à trouver les fonds nécessaires. Compte tenu du caractère social, elle fait appel au Pouvoirs Publics et se tourne particulièrement vers la Commune de Saint-Josse. En plus de sauver la seule cité d'artistes du 19è siècle à Bruxelles, l'asbl apporte aux Pouvoirs Publics un projet pour relever un enjeu dans cette ville : les ateliers Mommen peuvent devenir les premiers ateliers-logements sociaux pour artistes appartenant aux Pouvoirs Publics (à Paris l'intervention publique pour la sauvegarde et la création d'ateliers-logements sociaux existe depuis 1937). L'asbl sollicite la banque Triodos et reçoit son soutien pour présenter un projet financier de rachat viable. Pour aider financièrement l'asbl Ateliers Mommen, Prométhéa asbl et la Fondation Roi Baudoin apportent leur collaboration au projet et offrent aux mécènes la possibilité de défiscaliser leurs dons. Des groupes de travail sont régulièrement organisés à la maison communale et aux ateliers Mommen réunissant différents intervenants et compétences.
Octobre 2004, La Commune de Saint-Josse propose de participer au rachat pour une partie de la somme et de trouver d'autres financements dans le secteur public. L'asbl propose de travailler sur une convention avec la Commune. Des réunions ont lieu régulièrement avec le chef du cabinet du Bourgmestre.
Fevrier 2005, la Commune confirme sa volonté de participer au rachat mais annonce que racheter une société anonyme lui pose un problème juridique. L'asbl suggère de trouver la structure juridique adaptée. L’asbl n’a ni les compétences, ni les moyens financiers d’engager un juriste et la Commune apparemment non plus. Tout semble bloqué. La Fondation Prométhéa propose alors de demander l’appui à un bureau de juristes membre de leur association : Allen & Overy. Ces derniers acceptent de mettre leur compétences au service de l'asbl sous forme d'un mécénat de service.
Mai 2005, les promoteurs accordent un délai supplémentaire pour lever l'option d'achat et prolongent une nouvelle fois les baux des artistes jusqu’au 30 mars 2006. Mars 2005 Les avocats proposent la création d'une Régie Communale Autonome (RCA) pour le rachat de la s.a. Centre Mommens par la Commune. Juillet 2005, la Politique des Grandes Villes marque son accord sur le projet et apporte un subside conséquent. La Région de la Ville de Bruxelles marquent leur accord pour la création de la RCA.
Le 15 février 2006 à 11h30, c'est officiel, la cité Mommen est rachetée par la RCA de Saint-Josse-ten-Noode avec l'aide de la Politique des Grandes Villes.
HIP HIP HIP ! La Cité d'artistes Mommen est sauvée … et elle devient la premiere cité d'aristes à caractère social à Bruxelles !
Pour les habitants c'est un grand soulagement et la fin d’une condition de vie précaire. Pourtant ce n’est pas fini. En matière de gestion de cité d’artistes, il n’existe pas de précédent en Belgique. Il faut donc innover et expérimenter une gestion qui allierait un point de vue à la fois artistique et social en intègrant la participation des habitants.
Dossier news à télécharger
Dossier complet à télécharger

2006-2010, L'asbl et le projet de développement durable.
Dans le projet de l’asbl “ateliers Mommen”, la sauvegarde de la cité Mommen ne consiste pas seulement dans le rachat. Ce n’est que la première étape du projet. La seconde étape est d'assurer l’existence durable de la cité via une convention entre l'asbl « ateliers Mommen » et la RCA de Saint-Josse- Ten-Noode. En effet, il ne s’agit pas, ni maintenant, ni à terme de transformer la cité en en faisant un centre culturel, ou un centre d’art contemporain, ni à l'inverse d'en faire un simple lieu de logements sociaux. Pour préserver l’esprit de la cité, le projet de l’asbl prévoit dans la convention la mise en place d’une gestion participative. Une gestion où les artistes-habitants, organisées en comité des locataires, seraient intégrés dans des processus décisionnels et consultatifs. L’idée est de mettre en place une gestion mixte : une gestion immobilière/sociale et une gestion artistique. L’asbl “ateliers Mommen”, s’occuperait donc de la gestion artistique de la cité, de l'entretien, de l'aménagement et serait co-décisionnaire pour l'attribution des espaces.
De 2006 à 2010 vont s'enchainer les réunions pour mettre en place cette convention.
En mars 2010 la convention est signée, le mode gestion est mis en application.

2009-2011, La rénovation et "l'opération tiroirs".
Il s'agit de la troisième et dernière étape du projet. La rénovation intérieure de la cité Mommen, elle est incontournable. Mais délicate à mettre en oeuvre car elle doit se faire avec les artistes vivant sur place. D'autre part elle doit être minimale, soit le strict nécessaire en terme de stabilité, salubrité, sécurité et confort, tout en ne constituant pas, à terme, une plus value sur les loyers. Ces rénovations vont être organisées tant bien que mal en plusieurs phases :
De juillet 2009 à mars 2011 c'est "l'opération tiroirs" : les espaces des artistes ayant quittés la cité, sont mis à disposition comme espaces de transit pendant les rénovations. L'asbl met également à disposition ses espaces et arrête ses activités.
Mars 2011 les rénovations sont finies. Chacun est retourné dans son espace et 8 nouveaux artistes intègrent les espaces vaquants. Un vent nouveau souffle sur les Ateliers Mommen.
Avril 2011, l'asbl reprend ses activités artistiques.
En mai 2011, a lieu l'inauguration de la Cité d'artistes Mommen.

Ainsi 7 années plus tard, le projet de sauvegarde lancé par l'asbl “ateliers Mommen” est bouclé. Une nouvelle vie et une nouvelle dynamique peuvent maintenant commencer...